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De l'école des années 1960 aux plateaux télé de 2026

17/10/2026

De l'école des années 1960 aux plateaux télé de 2026

Petite réflexion sur le fossé qui sépare parfois la jeunesse réelle de la jeunesse médiatique. En écoutant les jeunes qui étaient sur BFM, j'ai eu l'impression d'avoir raté ma vie...

 

 À l'école primaire, à Paris, c'était encore l'époque de la fin de la guerre d'Algérie.

Mon père me disait de faire un détour d'un kilomètre à pied pour éviter les cafés algériens qui avaient la malencontreuse habitude d'exploser.

 

Plus tard, je me levais à 6 heures du matin pour rejoindre le collège en bus

et être à 8 heures dans une classe de 38 élèves...

Quand j'avais une mauvaise note, le professeur me disait que j'étais un cancre !
Et je me tapais des heures de colle sans broncher.

On se levait au garde-à-vous pour saluer les professeurs.

Le jeudi, c'était les sorties en forêt avec les scouts et le curé.

En 1969, il y eut la grippe de Hong Kong.

Bien pire que le coronavirus, mais nous allions en cours comme d'habitude...

J'ai obtenu mon BEPC et échoué au bac. À l'époque, seuls 15 à 20 % des élèves l'obtenaient.

J'ai ensuite suivi une formation comptable.

Plus tard, en entrant dans la vie active avec mon épouse, nous faisions des semaines de 42 heures prévues au contrat de travail
et nous étions heureux d'effectuer des heures supplémentaires...

À force de travail, je suis devenu agent de maîtrise, puis cadre dans la grande distribution.

Puis j'ai créé mon entreprise. Là, il n'était plus question de compter les heures.
Quant aux vacances, la question ne se posait même pas : c'était une semaine tous les deux ans, en moyenne.

J'ai pris ma retraite à 64 ans et je continue aujourd'hui à travailler dans le cadre associatif.

Un lycéen sur le plateau de BFM a déclaré :

« Il faut arrêter Parcoursup. Nous ne voulons plus aucune sélection.
Tout le monde doit pouvoir aller à l'université à partir du moment où l'on a le bac ! »

Un autre étudiant est même allé plus loin :

« Nous n'avons pas envie d'avoir la vie de nos parents : dodo, boulot, métro. »

Il faut aussi modifier les horaires :
on ne peut pas accepter de se lever à 6 heures du matin pour être à 8 heures au lycée.

Bref, notre génération n'avait rien compris.

 

  •  Nous traversions les crises, les épidémies, les journées interminables,
  • les classes surchargées, les trajets à rallonge et les heures de colle
  • sans imaginer un seul instant que nous étions en réalité des victimes.

Heureusement, cinquante ans plus tard, une poignée d'experts des plateaux télé est venue nous expliquer :

  • que se lever à 6 heures pour être au lycée à 8 heures relevait de la maltraitance institutionnelle
  •  et que toute forme de sélection constituait une atteinte aux droits fondamentaux.

 

Mais il faut évidemment se garder de généraliser.

La jeunesse française ne se résume pas aux étudiants que l'on invite sur les plateaux de télévision. Heureusement.

Je croise tous les jours une autre jeunesse.

  • Des apprentis qui prennent la route avant l'aube.
  • Des jeunes agriculteurs. Des aides-soignants.
  • Des intérimaires.
  • Des étudiants qui travaillent le soir pour financer leurs études.
  • Des entrepreneurs qui tentent de créer leur activité dans un environnement toujours plus complexe.

 

Cette jeunesse existe. Elle est même probablement majoritaire.

Pourtant, ce sont rarement ces visages-là qui sont choisis pour représenter toute une génération devant les caméras.

Ce qui frappe surtout, c'est le décalage croissant entre certains discours médiatiques et la réalité quotidienne de millions de salariés.

Les jeunes que l'on entend le plus sont souvent issus de milieux qui ont été largement préservés des contraintes du monde du travail.

Ils sont parfois les héritiers d'une génération qui occupait les rues en Mai 68 et qui, un demi-siècle plus tard, occupe les beaux quartiers,
les directions d'institutions, les médias et les universités.

Une génération devenue la nouvelle bourgeoisie progressiste, persuadée de parler au nom du peuple alors qu'elle ne sait plus très bien,
de près ou de loin, à quoi ressemble un bleu de travail, un atelier, un chantier ou une prise de poste à cinq heures du matin.

Entre ceux qui refusent toute sélection, ceux qui trouvent insupportable de se lever à 6 heures du matin
et ceux qui ne veulent surtout pas connaître la vie « dodo, boulot, métro » de leurs parents,

 

je réalise enfin l'étendue de notre erreur collective.

  • Nous avons travaillé, construit, entrepris, embauché,
  • payé des cotisations et des impôts durant toute une vie pour offrir davantage de choix à nos enfants.

Et voilà que certains considèrent désormais comme une oppression
ce que nous regardions autrefois comme une chance.

En définitive : le monde semble appartenir davantage aux « grandes gueules » qu'aux « laborieux silencieux ».

Le plus amusant, c'est que cette formule est devenue tellement vraie
qu'un média en a même fait le titre de son émission : Les Grandes Gueules.

Nous vivons une époque formidable.

Le Citoyen

 

 

 

 

 

 

 

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