Retrouvez ici toutes les actualités du Journal Citoyen : reportages, enquêtes locales, initiatives des habitants, vie des communes et tribunes citoyennes.
Chaque article reflète notre volonté de proposer une information indépendante, accessible et ancrée dans la Haute‑Marne.
Les sujets sont classés par ordre chronologique : les plus récents apparaissent en premier.
17/10/2026
Petite réflexion sur le fossé qui sépare parfois la jeunesse réelle de la jeunesse médiatique. En écoutant les jeunes qui étaient sur BFM, j'ai eu l'impression d'avoir raté ma vie...
Mon père me disait de faire un détour d'un kilomètre à pied pour éviter les cafés algériens qui avaient la malencontreuse habitude d'exploser.
Plus tard, je me levais à 6 heures du matin pour rejoindre le collège en bus
et être à 8 heures dans une classe de 38 élèves...
Quand j'avais une mauvaise note, le professeur me disait que j'étais un cancre !
Et je me tapais des heures de colle sans broncher.
On se levait au garde-à-vous pour saluer les professeurs.
Le jeudi, c'était les sorties en forêt avec les scouts et le curé.
Bien pire que le coronavirus, mais nous allions en cours comme d'habitude...
J'ai obtenu mon BEPC et échoué au bac. À l'époque, seuls 15 à 20 % des élèves l'obtenaient.
J'ai ensuite suivi une formation comptable.
Plus tard, en entrant dans la vie active avec mon épouse, nous faisions des semaines de 42 heures prévues au contrat de travail
et nous étions heureux d'effectuer des heures supplémentaires...
À force de travail, je suis devenu agent de maîtrise, puis cadre dans la grande distribution.
Puis j'ai créé mon entreprise. Là, il n'était plus question de compter les heures.
Quant aux vacances, la question ne se posait même pas : c'était une semaine tous les deux ans, en moyenne.
J'ai pris ma retraite à 64 ans et je continue aujourd'hui à travailler dans le cadre associatif.
« Il faut arrêter Parcoursup. Nous ne voulons plus aucune sélection.
Tout le monde doit pouvoir aller à l'université à partir du moment où l'on a le bac ! »
« Nous n'avons pas envie d'avoir la vie de nos parents : dodo, boulot, métro. »
Il faut aussi modifier les horaires :
on ne peut pas accepter de se lever à 6 heures du matin pour être à 8 heures au lycée.
Bref, notre génération n'avait rien compris.
Mais il faut évidemment se garder de généraliser.
La jeunesse française ne se résume pas aux étudiants que l'on invite sur les plateaux de télévision. Heureusement.
Cette jeunesse existe. Elle est même probablement majoritaire.
Pourtant, ce sont rarement ces visages-là qui sont choisis pour représenter toute une génération devant les caméras.
Ce qui frappe surtout, c'est le décalage croissant entre certains discours médiatiques et la réalité quotidienne de millions de salariés.
Les jeunes que l'on entend le plus sont souvent issus de milieux qui ont été largement préservés des contraintes du monde du travail.
Ils sont parfois les héritiers d'une génération qui occupait les rues en Mai 68 et qui, un demi-siècle plus tard, occupe les beaux quartiers,
les directions d'institutions, les médias et les universités.
Une génération devenue la nouvelle bourgeoisie progressiste, persuadée de parler au nom du peuple alors qu'elle ne sait plus très bien,
de près ou de loin, à quoi ressemble un bleu de travail, un atelier, un chantier ou une prise de poste à cinq heures du matin.
Entre ceux qui refusent toute sélection, ceux qui trouvent insupportable de se lever à 6 heures du matin
et ceux qui ne veulent surtout pas connaître la vie « dodo, boulot, métro » de leurs parents,
je réalise enfin l'étendue de notre erreur collective.
Et voilà que certains considèrent désormais comme une oppression
ce que nous regardions autrefois comme une chance.
En définitive : le monde semble appartenir davantage aux « grandes gueules » qu'aux « laborieux silencieux ».
Le plus amusant, c'est que cette formule est devenue tellement vraie
qu'un média en a même fait le titre de son émission : Les Grandes Gueules.
Nous vivons une époque formidable.
Le Citoyen